MS. Bennouna
Rhumatologue - Secteur privé
Casablanca
18/08/2005
Comparativement aux autres agents anti-ostéoporotiques, le ranélate de strontium a la particularité d’agir à la fois en stimulant la formation osseuse et en inhibant la résorption.
Même si au cours de ces quinze dernières années des progrès considérables ont été réalisés en matière de prise en charge thérapeutique de l’ostéoporose postménopausique, le nombre de molécules mis à la disposition des rhumatologues reste assez limité. L’arrivée d’un nouveau traitement mérite donc toute notre attention, en particulier si celui-ci est doté d’un mécanisme d’action original. C’est le cas du ranélate de strontium (RS) ; premier médicament qui, à la fois, freine la dégradation de l’os et stimule sa formation, améliorant ainsi sa qualité et sa résistance(1).
Le RS contient deux atomes de strontium stable (cation bivalent qui se place dans le tableau des éléments périodiques sous le calcium et dont les propriétés anaboliques osseuses sont connues grâce aux observations anatomopathologiques et thérapeutiques ponctuelles)(In2).
Les études précliniques, in vivo et in vitro ont mis en évidence l’influence de ce produit sur le remodelage osseux avec une diminution de l’activité ostéoclastique et une augmentation de l’activité ostéoblastique(1,2). Il en résulte une augmentation significative de la masse osseuse (surtout au niveau du corps vertébral qui a une forte proportion d’os trabéculaire, et au niveau de la diaphyse fémorale constituée principalement d’os cortical), une amélioration de la microarchitecture osseuse avec un accroissement du nombre et de l’épaisseur des travées, et une diminution de la séparation des travées(2).
Dans le cadre d’une étude de phase II (étude Stratos), menée chez 353 femmes ménopausées et ostéoporotiques, la dose orale de 2 g/j de RS représentait la dose optimale en termes d’augmentation en deux ans de la densité minérale osseuse (DMO) lombaire et fémorale(3). Cette même étude a confirmé la capacité du RS à réduire de 44 p. cent le nombre de patientes présentant un nouveau tassement vertébral au cours de la 2e année de l’étude(3). On notait également une augmentation significative des phosphatases alcalines osseuses (+11 % à M24 dans le groupe 2g/j) et une baisse (-20 %) du télopeptide NTX urinaire(3).
Les essais de phase III du produit ont comporté une évaluation de ses propriétés à prévenir les récidives de fractures (étude SOTI) et un travail estimant les effets antifracturaires du RS sur les fractures non vertébrales (étude TROPOS) chez des femmes ostéoporotiques.
Conduite dans 12 pays (72 centres), l’étude SOTI a inclus 1649 patientes (âge moyen 69,7 ± 7,3 ans) avec un T-score lombaire moyen de -3,6 et au moins une fracture vertébrale prévalente pour 87,9 p. cent des femmes(4). Toutes les patientes ont été randomisées de façon à recevoir soit du RS per os à la dose de 2 g/j pendant 3 ans, soit du placebo. Une supplémentation quotidienne par calcium et vitamine D a été également administrée dans les deux groupes.
Après une année de traitement, l’incidence de nouvelles fractures vertébrales a été réduite de 49 % dans le groupe RS contre 12,2 % dans le groupe contrôle. Après 3 ans, cette diminution était de 41 % (incidence 20,9 % versus 32,8 % dans le groupe placebo). Quant à la DMO, elle a augmenté de 14,4 % au rachis lombaire et de 8,3 % à l’extrémité supérieure du fémur par rapport au groupe placebo, après trois années de traitement(4). Enfin, le taux sérique de la phosphatase alcaline osseuse a augmenté parallèlement à la réduction du taux des CTX sériques, ce qui confirme l’activité duale du RS(4).
L’étude TROPOS, randomisée en double aveugle versus placebo, a été réalisée également dans 12 pays (75 centres). Cet essai a recruté 5091 femmes ménopausées. Âgées en moyenne de 76,8 ans, elles avaient un T-score moyen au col fémoral de -3,1 ± 0,6 et 38,6 % d’entre elles avaient un antécédent de fracture extravertébrale. L’analyse en intention de traiter a mis en évidence une diminution significative (p=0,05) de 16 % du risque relatif de fracture non vertébrale après
3 ans de traitement par 2g/j de RS, comparativement au groupe placebo. Une baisse de 41 % du risque relatif de fracture du col de fémur (p=0,025) a également été observée chez les patientes ayant pris le médicament pendant au moins les 18 premiers mois de l’étude. Parallèlement, la DMO a augmenté de 6,54 % dans le groupe traité (p<0,001)(1,4).
Pour ce qui est de la tolérance, il a été relevé une augmentation transitoire de la diarrhée (6,1 vs 3,6 % dans le groupe placebo)(1,5).
En conclusion, le ranélate de strontium dont le dossier d’AMM vient d’être déposé, se révèle être un nouvel antiostéoporotique original, capable non seulement de prévenir le risque de fractures vertébrales et non vertébrales chez les femmes ménopausées, mais également d’obtenir un gain de masse osseuse. Son profil de tolérance est satisfaisant.
1- Duron-Alirol M. Le ranélate de strontium dans l’ostéoporose. Le Quotidien du Médecin 2004;7482:12.
2- Marie PJ, Ammann P, Boivin G, Rey C. Mechanisms of action and therapeutic potential of strontium in bone. Calcif Tissue Int 2001;69:121-9.
3- Meunier PJ, Slosman DO, Delmas PD et al. Strontium ranelate : dose-dependent effects in established postmenopausal vertebral osteoporosis. A 2-year randomized placebo controlled trial. J Clin Endocrinol Metabolism 2002;8:2060-6.
4- Meunier PJ, Roux C, Seeman E et al. The effects of strontium ranelate on the risk of vertebral fracture in women with postmenopausal osteoporosis. N Engl J Med 2004;350:459-68.
5- Rajzbaum G. Intérêt du ranélate de strontium dans la prévention des fractures ostéoporotiques. Rhumatologie Pratique 2004;218:10.