L’arthrose  cervicale

Lahsen Achemlal, Imad Ghozlani, Abdellah El Maghraoui.

Centre de Rhumatologie et Rééducation Fonctionnelle, Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V, Rabat.

 

Juin 2008

                                                                           

 

Introduction

 

C’est la localisation de la maladie arthrosique au niveau du rachis cervical. C’est une pathologie fréquente, asymptomatique dans plus de 50% des cas. Sur le plan clinique, elle se manifeste par des cervicalgies ou des signes de compression (neurologique ou vasculaire). Cependant, l’affection reste banale au delà de 40 ans et l’absence de corrélation anatomo-clinique impose de ne pas toujours l’incriminer devant des cervicalgies. (1)

 

Rappel anatomique

 

Le rachis cervical est constitué par l’empilement de 7 vertèbres : C1 à C7. Il est divisé en deux parties : supérieure C1-C2 qui joue un rôle de soutien et C4-C7 qui est le segment mobile. Les vertèbres sont unies par 3 systèmes articulaires : disco-vertébral en avant, inter-apophysaire postérieur en arrière, et unco-vertébral en latéral. Les structures adjacentes sont les suivantes :

Les rapports sont étroits entre les structures osseuses, l'artère vertébrale, les racines nerveuses, et la moelle épinière. (2)

 

Facteurs favorisants 

 

Certaines situations peuvent favoriser la survenue de cervicarthrose parmi lesquelles on trouve:

Formes topographiques 

 

1-Arthrose C1-C2:

Elle est présente  chez 4% de la  population atteinte d’arthrose rachidienne. Elle est souvent unilatérale du côté droit. Elle se manifeste par une diminution de la  rotation de la tête, des douleurs cervico-occipitales latéralisées parfois vives. Rarement, on observe une  surdité unilatérale.

La radiographie de face haute bouche ouverte permet de retenir le diagnostic (fig. 1).

Le traitement est à base d’antalgiques et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et de physiothérapie. Des infiltrations peuvent être proposées dans certains cas. Parfois dans les cas hyperalgiques et rebelles une  arthrodèse peut être proposée. (3)

 

Image c11n8.jpg

Figure 1 : arthrose C1-C2 localisée à droite.

 

 

2-Arthrose du rachis inférieur

 

    Elle peut se manifester par les tableaux cliniques suivants:

a- Syndrome cervical : le tableau aigu est rare (torticolis). Souvent, ce sont des cervicalgies chroniques sous forme de douleurs imprécises du cou ou de la nuque, qui sont médianes et latéralisées, parfois sous forme de dorsalgies interscapulaires. Ces douleurs sont de rythme mécanique avec  parfois une recrudescence nocturne. L’irradiation se fait vers l’occiput,  les épaules, et même vers la région interscapulo-vertébrale. L’évolution se fait par  poussées et rémissions. L’examen clinique montre une limitation des amplitudes articulaires qui est souvent élective: flexion, extension, inclinaison ou rotation droite ou gauche ; des craquements à la mobilisation du cou ; des douleurs à la palpation ; ou une contracture musculaire paravertébrale. Parfois on note une douleur du tissu sous cutanée (cellulagie).

Les radiographies standards de face, de profil, les 3/4 gauche et droit et parfois des clichés dynamiques  sont demandés à la recherche d’une instabilité du rachis. Les lésions habituelles de l’arthrose seront recherchées : discarthrose (pincement, ostéocondensation des plateaux, ostéophytes), uncarthrose, arthrose des articulations inter-apophysaires postérieures (IAP).

Le diagnostic différentiel: il convient d’éliminer une cervicalgie symptomatique, au moindre doute faire un bilan biologique (NFS, VS, CRP) et complément d’imagerie (IRM). Ainsi, devant un tableau aigu: on éliminera un traumatisme (contexte), une infection, une cause inflammatoire ou tumorale (intra rachidienne, fosse postérieure). En cas de cervicalgies chroniques, on évoquera d’abord une insuffisance musculaire douloureuse ou des cervicalgies fonctionnelles.

Le traitement fait appel:

·En phase aigue: repos, AINS, antalgiques, myorelaxants, et traitements physiques.

·En phase chronique: le repos doit être relatif (réduction des efforts, des déplacements). On aura recours aux AINS, aux antalgiques et à la rééducation. Parfois les anti-dépresseurs peuvent être utiles. (4,5)

 

b- Névralgie cervico-brachiale

C’est une douleur du membre supérieur d’origine cervicale. Souvent progressive, elle est sourde, lancinante, augmentée par la mobilisation du rachis. Elle ne disparaît pas au repos, et on assiste souvent à une recrudescence nocturne. Elle est accompagnée de paresthésies distales.

L’examen neurologique trouve des anomalies inconstantes: hypoesthésie, des réflexes diminués ou abolis, par contre l’atteinte motrice est  rare. La topographie de l’irradiation douloureuse, des paresthésies et de l’atteinte de la sensibilité, de la motricité ou des réflexes varie en fonction de la racine atteinte (C5, C6, C7 ou C8). Le tableau I résume les topographies cliniques et les principaux déficits moteurs et réflexes atteints. (6)

Les examens complémentaires sont souvent demandés : d’abord les radiographies standards, surtout les clichés de ¾ droit et gauche qui permettent d’analyser les foramens intervertébraux (fig. 2). La TDM ou l’IRM permettent une analyse très précise des foramens et le degré de la compression radiculaire le plus souvent en rapport avec une hernie discale. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il ne faut les demander qu’en cas de doute diagnostique ou de discussion d’une intervention chirurgicale (non réponse au traitement médical ou aggravation du tableau neurologique). (6,7)

Devant une NCB, il convient d’éliminer certaines pathologies en particulier : une  infection (discite), certaines tumeurs malignes ou bénignes vertébrales, extra ou intrarachidiennes (neurinomes), certaines radiculites virales, et les tumeurs de l’apex (syndrome de Pancoast et Tobias).

 Le traitement des NCB dépend de l’intensité de la douleur. Le repos, les AINS et les antalgiques sont souvent indiqués en première intention. Parfois, on a recours à la corticothérapie: 0,5 mg/kg/j per os pendant 2-3 semaines. Le port d'un collier cervical en mousse, et des tractions cervicales douces peuvent être prescrits. Des infiltrations de corticoïdes peuvent également être proposées. La chirurgie est indiquée dans les formes hyperalgiques, rebelles au traitement médical et en cas de déficit moteur. Elle consiste en une ablation d’une éventuelle hernie discale avec résection des ostéophytes par voie antérolatérale. (7)

 

Figure 2 : arthrose C6-C7 avec rétrécissement du trou de conjugaison

 

 

c- Myélopathie cervicarthrosique

 

Elle est due à la compression lente de la moelle par des ostéophytes. Sa pathogénie implique à la fois des phénomènes mécaniques et vasculaires : engorgement des veines, compression de l’artère spinale antérieure et postérieure et des artères radiculaires. Il s’ensuit  un syndrome neurologique sous lésionnel.

Cliniquement, elle se manifeste par des troubles de la marche : fatigabilité anormale et paraparésie spasmodique. L’examen cherche un syndrome pyramidal surtout aux membres inférieurs et qui apparaît après la marche, avec des troubles de la sensibilité profonde des membres inférieurs (vibratoire et/ou sens de position des orteils). L’évolution se fait vers l’aggravation progressive. La récupération n’est pas toujours assurée.

Sur le plan radiologique on peut trouver  une réduction du calibre du canal cervical, une sténose constitutionnelle, ou des signes d’instabilité d’origine arthrosique (anté ou rétrolisthésis). Le myélo-scanner permet de préciser la taille et l’étendue de la sténose. L’IRM est l’examen de choix : elle montre une éventuelle souffrance médullaire sous forme d’un hyper signal et met en évidence la dégénérescence discale aux différents étages. (8, 9)

Devant ce tableau de myélopathie, certains diagnostics différentiels doivent être évoqués notamment une sclérose en plaques, une SLA, ou une syringomyélie.

 Le traitement est chirurgical et consiste en une levée de la compression neurologique, par voie antérieure.

 

d-Insuffisance vertébro-basilaire

 

Elle est due à la compression de l’artère vertébrale  par les ostéophytes, ou par une unco-discarthrose. Sur le plan clinique : on peut avoir soit :

-Un tableau mineur: c’est le syndrome de Barré-Liéou (par irritation du sympathique péri artériel). Il est décrit plus souvent chez la femme. Les symptômes sont des céphalées, douleurs sous orbitaires, sensations vertigineuses, acouphènes, troubles visuels,  et troubles laryngés et pharyngés. Les signes objectifs sont pauvres. (10)

-Rarement un tableau majeur: accident ischémique transitoire, syndrome vestibulaire,  accidents moteurs: de type drop attacks ou hémianopsie. Le traitement consiste en plus des mesures habituelles (AINS et antalgiques), l’utilisation de vasodilatateurs et de tranquillisants. Parfois, on a  recours à la chirurgie.

 

Conclusion

 

La cervicarthrose est une affection fréquente au delà de 40 ans et souvent asymptomatique. Quand elle est symptomatique, les cervicalgies en sont la principale manifestation.

 

Références

 

  1. Croft PR. Risk factors for neck pain: a longitudinal study in the general population. Pain 2001; 93:317-25.

  2. Ferrari R. Regional musculoskeletal conditions : neck pain. Best Pract Res Clin Rheumatol 2003; 17: 57-70.

  3. Zapletal J, de Valois JC. Radiologic prevalence of advanced lateral C1-C2 osteoarthritis. Spine 1997; 22:2511-3.

  4. Mitchell K. Freedman, E. Anthony Overton, Michael F. Saulino, Michele Y. Holding and Ira D. Kornbluth. Interventions in Chronic Pain Management. 2. Diagnosis of Cervical and Thoracic Pain Syndromes. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation 2008; 89 (1): 41-46

  5. Johnson MJ, Lucas GL. Value of cervical spine radiographs as a screening tool. Clin Orthop 1997; 340:102-8.

  6. Ansari A, Rockswold G. Images in clinical medicine. Cervical-disk herniation. N Engl J Med 1998; 338:1358.

  7. Dussoix P, May D. Ceervicobrachial pain: what is the cause? Rev Med Suisse 2007;3(120):1796-7

  8. Argenson Cl, Dosch J-Cl, Lemaire V, Bard H, Laredo J-D. Imagerie du rachis cervical. GETROA opus XXVII  2000, Sauramps Medical edit, 314 pages.

  9. Nové-Josserand A, André-Obadia N, Mauguière F. Cervical spondylotic myelopathy: motor and somatosensory evoked potentials, clinical and radiological correlation. Rev Neurol 2002; 158: 1191-7.

  10. Pearce JM. Barré-Liéou "syndrome". J Neurol Neurosurg Psychiatry 2004; 75(2):319.

 

 


 

Tableau I : réflexes ostéo-tendineux et déficits moteurs au cours des NCB.

 

Racine

Topographie clinique

Réflexes ostéo-tendineux

Déficit moteur

C5

face externe du bras et du coude

Bicipital

Deltoïde, rotateurs de l’épaule

C6

face antérieure du bras, face externe de l'avant bras, 1er et 2e doigts

Stylo-radial

Biceps, long supinateur

C7

face postérieure du bras, de l'avant bras, 2e, 3e et 4e doigts

Tricipital

Triceps, extenseurs des doigts

C8

face postérieure et interne du bras et 5e doigt

Cubito-pronateur

adducteur du pouce, fléchisseur et adducteur du 2ème doigt